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Les sponsors du GERES à COP 15

Engagement européen en trompe l’œil et accord à minima sur les financements font peser le doute sur l’issue des négociations

Jeudi 10 décembre, la quatrième journée de négociations s’achève. L’incertitude et le doute planent sur le Bella Center à Copenhague.

Le début de semaine avait pourtant bien commencé avec l’annonce en plénière de la nouvelle position française par Jean Louis Borloo. Selon le ministre, la France s’engagerait unilatéralement (non conditionné à un accord global) à réduire de 30% ses émissions d’ici 2020 et à mettre en place un plan « Justice Climat » visant à venir en aide aux pays les plus démunis. L’effet d’annonce est retombé ce jeudi après la rencontre à Paris entre le Président Nicolas Sarkozy et le collectif d’ONG « Ultimatum Climatique ». Si le Président  a confirmé le chiffre de 30% annoncé par Jean Louis Borloo, il est toutefois resté très vague sur de nombreux points comme celui des financements.

Au-delà des effets d’annonces et des promesses, l’enjeu des négociations est de parvenir à un accord commun ambitieux et contraignant. La route est encore longue…

L’Europe : un engagement en trompe l’œil

L’engagement européen de réduire de 20% les émissions d’ici à 2020 par rapport à 1990 est montré du doigt. Trois mécanismes qui permettent aux pays de l’Union de contourner leurs objectifs sont mis en cause.

Le premier mécanisme est celui dit de l’ « Air Chaud » qui permet aux pays européens d’utiliser après 2012 les permis d’émissions alloués sur la période précédente. Les économies des pays d’Europe de l’Est s’étant effondrées après l’année de référence 1990,  ces pays se sont vu alloués des permis d’émission en surnombre par rapport à leurs réels besoins. Ils pourraient ainsi utiliser ces permis encore inutilisés au détriment de réelles réductions de leurs émissions.

D’autre part, des méthodes avantageuses de calcul des permis d’émissions sont mises en cause. La mise en place de projets forestiers ou de changement d’utilisation des sols pourrait permettre à certains pays européens comme l’Autriche d’atteindre leurs objectifs sans véritable effort de réduction des émissions dans les secteurs très polluants de l’industrie ou des transports par exemple.

Enfin, les mécanismes de flexibilité mis en place par le Protocole de Kyoto permettent aux pays européens de « compenser » leurs émissions en finançant des projets dans les pays en développement.

L’accumulation de ces trois mécanismes permettrait à l’Europe d’atteindre son objectif de 20% de réduction sans vraiment investir dans les énergies propres ou dans l’efficacité énergétiques. Les ONG parlent de « faux semblant » de réduction d’émissions et attendent des chefs d’Etats réunis à Bruxelles aujourd’hui et demain qu’ils se prononcent sur la question.

Une solution transitoire sur les financements

A défaut de parvenir à un accord sur les financements à long terme, les délégations se mettent d’accord sur une solution transitoire qui devrait permettre de débloquer plusieurs milliards de dollars dès 2010. Ces « financements précoces » seraient destinés à aider les pays en développement à lutter contre les changements climatiques dès 2010 en attendant de parvenir à un accord sur l’après 2012.

A la Présidence de l’Union Européenne, la Suède souhaiterait parvenir à un accord qui permettrait de débloquer 2 milliards d’euros sur 3 ans. Les Etats Unis pourraient contribuer à hauteur de 1,3 milliard de dollars selon certaines sources. Si les sommes annoncées restent largement en deçà des besoins estimés, elles ont le mérite de faire avancer les discussions sur les mécanismes de gestion et de distribution des financements.

L’atmosphère en cette fin de journée est pesante. Beaucoup attendent des chefs d’Etats européens qu’ils revoient à la hausse leurs engagements relançant ainsi la dynamique des négociations.

Marion Verles pour le GERES